Les livres sur Grenoble et la région AURA

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Vous trouverez ci-dessous quelques livres récents qui nous inspirent dans nos réflexions sur Grenoble et la région AURA, accompagnés de quelques appréciations personnelles (pourquoi on aime bien). La liste ci-dessous n’est évidemment pas exhaustive. Vous pouvez si vous le souhaitez nous faire part de vos suggestions et commentaires. La liste peut être complétée par les livres aimés de nos contributeurs. N’hésitez pas à nous proposer vos ouvrages et vos analyses à l’adresse suivante : contact@ag-aura.fr.

Jean-François Tournoud, Histoire du Dauphiné (Yoran, 2015)

La période des Dauphins indépendants (350 ans) est le plus souvent assez rapidement évoquée par les autres auteurs pour en venir le plus vite possible à la province du Dauphiné achetée par le roi de France en 1349. Dans les ouvrages les plus récents, est quasiment bannie toute référence chronologique au profit de thèmes comme la paysannerie, les voies de communication, la vie religieuse à cette époque, etc… en perdant de vue que ce sont notamment les incessants conflits avec une Savoie en pleine ascension qui ont fini par anémier une principauté déjà assez pauvre.
Tout en balayant toute l’histoire de la province de la préhistoire à la période contemporaine, l’auteur privilégie l’histoire plus détaillée de cette période où le Dauphiné était souverain (en fait, lié au Saint Empire romain germanique, mais de façon purement formelle).
Au fil des différents depuis 200 ans, le Dauphiné a été morcelé en trois départements (Hautes-Alpes, Isère et Drôme) et écartelé en deux régions administratives (Rhône-Alpes et PACA).
Pourtant le Dauphiné subsiste avec nostalgie dans la mémoire des Dauphinois actuels.

Jean-François Tournoud est diplomé de l’Institut d’Etudes politiques de de Strasbourg et titulaire d’une maîtrise en sciences politiques. Il a mené une carrière de journaliste économique spécialisé sur le plan international. Il a parcouru les différents lieux de l’ancien Dauphiné depuis son enfance. C’est donc avec un « œil très dauphinois » qu’il a rédigé cette histoire.

Pourquoi on aime bien :

Le petit éditeur breton propose une histoire sur une Province qui n’existe plus, le Dauphiné, qui n’a pas spécialement de velléité autonomiste, et qui pourtant reste dans les cœurs (et ce n’est pas le fondateur de l’Association Dauphinoise du Droit Public qui dira le contraire). Cette courte et pédagogique histoire du Dauphiné permet de bien comprendre les ressorts profonds de notre territoire, bien différents de certaines reconstructions historiques et idéologiques.

Le Dauphiné était un territoire pauvre et peu peuplé en raison de son isolement et des contraintes géographiques, longtemps dominé par Vienne, puis par Albon et Beauvoir-en-Royans, Grenoble, isolée, mettant des siècles à devenir une grande cité. La pauvreté du territoire ne fut pas sans lien, comme chacun sait, au rattachement du Dauphiné à la France, Dauphiné qui de territoire pauvre indépendant devint un territoire frontière. Ce dernier aspect ne doit pas être négligé et explique ensuite l’histoire militaire du territoire et de Grenoble, et ainsi l’importance dans la construction de la cité du duc de Lesdiguières, à qui Grenoble doit tant et qui n’avait rien, évidemment, d’un indépendantiste de type municipaliste. Bien au contraire, c’est son rapport à l’Etat, puisqu’il fut connétable de France sous Louis XIII à la fin de sa carrière, qui permit un tel développement de Grenoble. La Révolution bien entendu marqua ce territoire comme aucun autre, même si l’origine de la journée des tuiles fut plus aristocratique qu’on ne le présente souvent : il n’en reste pas moins que le point marquant de cette période fut l’Assemblée de Vizille, qui inaugura le doublement du Tiers et le vote par tête, prélude aux Etats généraux de Versailles. Il ne faut pas non plus oublier que la ville fut très attachée à Napoléon, y compris jusqu’au cent jours. Depuis cette époque, le Dauphiné ou en tout cas sa partie grenobloise se situe politiquement plutôt à gauche, jusqu’au souvenir mémorable et dramatique du maquis du Vercors, qui vaudra à Grenoble son titre de « ville compagnon de la Libération ».

L’ouvrage consacre aussi d’importants développements à l’histoire industrielle de la ville, notamment à partir des ressources, déjà à l’époque, permises par l’environnement et le développement de la « houille blanche ». Grenoble a toujours eu ce rapport particulier à l’environnement que l’on connaît. L’industrie fut alors longtemps la principale richesse de Grenoble jusqu’à ce que le tourisme vienne en renfort. Ce point est également viscéralement attaché à l’identité même de Grenoble et de ses alentours jusqu’à aujourd’hui. Grenoble est et doit impérativement rester un laboratoire, même si celui-ci a moins à voir qu’auparavant avec les montagnes.

Sur ce point les villes sont aussi des organismes vivants, et sur ce point il ne jamais sous-estimer ce que Grenoble doit aux jeux olympiques de 1968. Même si ce fut en partie au profit de sa métropole, Grenoble ne fut jamais aussi grande qu’aux temps des jeux olympiques, et décroit depuis en nombre d’habitants…

De quoi rappeler, contrairement à certaines présentations, que le modèle grenoblois ne va pas du tout de soi et qu’il est une construction historique et de politiques publiques, devant largement à l’Etat. Il est ainsi de bonne pratique de se replonger dans l’histoire pour savoir qu’un exercice de préservation doit également être mené.

Philippe Gonnet, Grenoble. Déplacer les montagnes (Nevicata, collection l’ « âme des peuples », 2019)

Le roman d’une ville est d’abord celui de son relief et de ses habitants. Celui de Grenoble est celui des Alpes qui l’entourent et des talents qui l’ont toujours accompagnée. Ville-nature pour tous ceux que la montagne fascine. Ville-modèle pour ceux qui, dans les années 1970, en firent le laboratoire d’une France moderne, ouverte sur la science et le monde. Ville-musée, que ses collections d’art placent au premier rang des métropoles françaises de la culture.

La passion de Grenoble a conquis la France entière lors des Jeux olympiques d’hiver de 1968. Grenoble incarnait la jeunesse et l’envie de se dépasser. Sa personnalité est restée celle-ci, mêlée depuis à la volonté d’allier urbanisme et écologie.

Ce petit livre n’est pas un guide. Il raconte la passion de Grenoble et la volonté des Grenoblois de démontrer que les scandales politiques, ou les difficultés de certains quartiers, n’ont en rien altéré leur principale passion : réinventer leur ville.

Un grand récit suivi d’entretiens avec Olivier Cogne (Grenoble a fait rêver la France), Henri Oberdorff (Grenoble, c’est une tradition d’innovation dans tous les domaines) et Béatrice Josse (L’Ecole d’art de Grenoble a été un terreau incroyable).

Pourquoi on aime bien :

Journaliste pendant des années au Dauphiné Libéré, véritable institution locale, passionné de culture notamment contemporaine, qu’il partage avec les auditeurs de RCF Isère, Philippe Gonnet est aussi et avant tout un homme bien avec qui il est très plaisant de discuter histoire, culture et politique. Son petit récit de Grenoble est sans doute l’un des plus objectifs et des plus complets qui soient : croisant les différentes dimensions de sa personnalité, Philippe Gonnet a produit un portrait fidèle de Grenoble, ses bons et ses mauvais côtés, ses mythes et ses réalités aussi.

Caractéristiques géographiques (prééminence de l’environnement montagnard pour comprendre la ville), caractéristiques sociologiques (on notera notamment la présence de seulement 30 % de natifs, évidemment la présence massive des ingénieurs et des étudiants), caractéristiques économiques (énergie, nouvelles technologies, tourisme), caractéristiques historiques (selon une présentation plus objective du temps long où l’on trouve Lesdiguières et Napoléon, et non exclusivement la journée des tuiles), caractéristiques politiques (le côté frondeur de la ville peut-être plus que révolutionnaire, la terre d’innovation, la marque d’Hubert Dubedout, et aujourd’hui la forte marque de l’écologie politique), caractéristiques urbaines (cette ville issue des Jeux Olympiques de 1968, découpée par les lignes de tramways et par les codes postaux, les quartiers difficiles dans la ville et non pas en dehors), caractéristiques culturelles (avec l’un des plus grands musées de beaux-arts de France), tout y passe.

Un portrait agréable, touchant, pluraliste et objectif de Grenoble, qui permet de réfléchir sur cette ville sur des bases saines.

René Favier (dir.), Grenoble, Histoire d’une ville (Glénat, 2010)

Grenoble, capitale provinciale, ville alpine, ville de l’innovation… Tous ces qualificatifs sont autant d’attributs historiques construits au cours des siècles et entretenus par la mémoire collective. L’identité de Grenoble, l’histoire particulière de la cité et de ses habitants est finalement trop mal connue pour qu’on ne prenne pas le temps de la revisiter. La dernière histoire de la ville avait été publiée dans les années 1970. Il était nécessaire de se plonger à nouveau dans le passé à la lumière des découvertes récentes, afin de comprendre la Grenoble d’aujourd’hui. De la Cularo antique au polygone scientifique, des inondations médiévales à l’avènement de la maison de la Culture, de la ville épiscopale à l’olympisme, deux mille ans d’histoire sont convoqués dans ce livre pour brosser le portrait en relief d’une ville qui a souvent été à la pointe, et qui continue de se singulariser.

Pourquoi on aime bien :

Difficile d’établir une bibliographie même sommaire sur Grenoble sans évoquer le « beau livre » relatif à l’histoire de Grenoble dirigé par René Favier. Accompagné de très belles illustrations parmi lesquelles les plus belles peintures de Grenoble, cet ouvrage aborde toutes les époques de la ville de Grenoble, de la Grenoble gallo-romaine jusqu’au laboratoire des années 1950, et la science comme cœur de la ville d’aujourd’hui.

De quoi comprendre que le caractère de laboratoire de Grenoble nous vient effectivement de loin et qu’il s’avère impératif de le conserver, de l’approfondir et de l’améliorer si on veut rester fidèle à ce qu’est cette ville et l’aider à préparer demain.